day 7. an 2: Darcy Oh Fada, ou l'émotion barbare
Ce soir, Darcy était arrivé plus tôt qu’il n’en avait l’habitude. Il avait sans s’en rendre compte un peu bousculé le rituel et n’eut pas la joie, l’épreuve torride et sensuelle de fendre la foule de ces hommes tous plus virils les uns que les autres, qui tels les gardiens de l’enfer le dévisageaient de près à chaque fois. Des visages toujours un peu mal rasés et des regards brillants qui lui touchaient presque l’âme. Mais il ne les regardait jamais. L’odeur de manque et d’envie lui piquait toujours un peu les yeux et les narines.
il entra cette fois ci avec des sentiments fort différents de ceux qu’il y avait apporté précédemment. Il n’avait pas de rendez vous hypothétique, n’espérait rien de précis, enfin rien qu’il ne s’était avoué de façon suffisamment claire pour revêtir une forme définie.
La communauté avait commencé à se réunir au fond du repaire. Les peines et les interrogations avaient été déposées au vestiaire. Cette première rencontre de la nouvelle année donnait lieu aux rituelles effusions.Tous se levant à l’arrivée d’un nouveau membre et lui dispensant avec bises composées les promesses d’un futur meilleur. Rien n’était feint et la joie de chaque nouvelle arrivée réelle en ce qu’elle confortait l’existence de la communauté.
Les conversations se déroulaient comme à l’accoutumée et le bruit laissait toujours autant de place aux regards.
Darcy n’était pas plus bavard que d’habitude, et savait décourager les prémices d’une conversation sur deux. il ne saurait être question de l’excuser de cela. Le bavardage est toujours une préoccupation frivole et trop s’en soucier conduit souvent à anéantir l’effet même que l’on se proposait d’obtenir. Il assumait le risque de sembler ennuyeux.
Il lui semblait pourtant que la vie ne pouvait offrir une félicité plus grande et que le bonheur de la communauté était un havre absolu. La paix régnait, et dans la confusion des conversations aucun n’ignorait que ces instants étaient ceux de la stabilité, de la confortation de son rôle, de sa propre réassurance.
Avec sa Majesté, ils abordèrent bien sûr l’actualité et en particulier les enquêtes de l’inspecteur Tergal. Rien ne semblait vraiment grave ou sérieux pour qu’ils n’en profitent pour complicer un peu sur le jeu de la séduction.
Soudain, Ils furent obligés de stopper là leur conversation, les exigences de la courtoisie interdisant qu’on y prêtât qu’à demi attention.
Un événement s’était produit. Un ange était apparu! Un frémissement parcourrait l’assemblée et tous les regards s’étaient tournés vers cette intrusion gracieuse. Déjà on murmurait. Darcy se remit vite de sa première émotion, et réalisa que c’était Cupidon qui l’avait amené. Un nouveau tour à sa façon pour agiter un peu la communauté. Un parfum de désir curieux flottait.
Il y avait une grâce dans toute son attitude, chaque regard dont il semblait vous caresser avant de répondre, aucun geste brusque une lenteur presque insolente. Darcy discerna vite que ce qui aurait pu passer pour de la réserve cachait une ferme et calme résolution. Il répondait aux questions de chacun avec une attention toute particulière sans jamais y mettre plus qu’une polie expression.
Darcy se mit un peu en retrait pour observer la scène, et comme à l’accoutumée, parti dans ses rêveries. Il interrogeait cet inconnu.
- moi un ange!! non, Mr Darcy vous l’avez bien deviné, je suis un jeune guerrier barbare, fier envahisseur des terres trop calmes, j’apporte le vent dans les cœurs, la violence du désir, le germe de la passion d’un temps nouveau. j’envahis l’ennui des affections éteintes. La force de mon cri précède ma venue, mais les gens sont trop sourds aujourd’hui pour l’entendre et se préparer à mon arrivée et ne se méfient pas assez.
Darcy répondit simplement; “oh” mais c’était un oh qui exprimait l’essentiel, à savoir l’intérêt qu’il portait à ses paroles et sa totale confiance en leur véracité.
- vous parlez avec un calme étonnant ! Si de tels projets étaient connus d’avance, la Reine ne manquerait pas de prendre les mesures nécessaires pour en empêcher la réalisation.
la Reine, répondit le jeune guerrier, ne désire pas plus qu’elle n’ose intervenir dans ce domaine. Une révolution doit avoir lieu, et elle se soucie peu du nombre de victimes.
Darcy ouvrit les yeux un peu plus.
Le jeune guerrier sourit et ajouta:
- eh bien, vous aiderai-je à comprendre réciproquement ou vous laisserai-je trouver vous même le but de ma mission? Non je ferai preuve de noblesse, je vais me comporter véritablement en homme, par la générosité de mon cœur autant que par la clarté de mon esprit. Je ne supporte pas ceux de mes pareils qui dédaignent parfois à se faire comprendre de leurs victimes. Peut être parfois l’intelligence du cœur de ces dernières n’est ni très solide, ni très subtile, ni très vigoureuse, ni très pénétrante, mais la terreur en est souvent la cause. Je ferai votre conquête à tous, j’ouvrirai votre cœur à un nouveau monde. Tout bousculer, tout changer pour que tout puisse rester comme avant. Au cœur de l’hiver, je ne suis que l’avant garde du Printemps, je viens semer l’amour dans les cœurs recroquevillés et refroidis dans leurs habitudes.
Darcy n’avait pas de mal à le croire incapable de mal agir; certes ses façons trop séduisantes pouvaient rendre méfiant, mais ses intentions étaient manifestement bonnes. Il était disposé à admirer en lui ce qu’il ne comprenais pas et ce qu’il comprenait.
Cet instant de rêverie était absolument délicieux, et sa conclusion aussi bien qu’elle vînt trop tôt, fut délicieuse. Au hasard des mouvements vers le bar, Darcy fut un peu bousculé et sorti de ses songes. Il entendît juste alors l’ange prononcer ces mots:
-mon pseudo ? oui bien sûr, Sorb l’envahisseur Nordic!
Darcy ne rencontra d’autre difficulté que celle de dissimuler la joie excessive qu’il éprouvait. Le Printemps fleurirait à nouveau.