Les Entretiens du Caméleon Barbouilleur (compil)
Séries d'entretiens,
1er Jour: Début d'entretien
X: Monsieur Darcy, comment choisissez-vous vos modèles de barbouillages?
D: C'est une question complexe, mais d'abord, appelez moi Darcy come tout le mode. Il n'y apas vraiment de choix, certains s'imposent lorsque l'échange promet d'être enrichissant...
X: et comment détectez vous cette richesse?
D: et bien je peux découvrir ou deviner...les biais de la virtualité..des expériences parfois semblables aux miennes, des jugements que je pourrais porter moi aussi, mais je m'interesse surtout à l'individu qui est devant moi.
X: une autre question..
D: Pas aujourd'hui, nous poursuivrons une autre fois, ne me bousculez pas...
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2ème Jour: De l'amour des gens ...et la maladresse
X: Darcy, reprenons si vous en êtes d’accord...Vous disiez donc que les modèles s’imposaient à vous...et il me semble le comprendre, mais d’autres à l’évidence s’imposent moins. On a dit que c’était une façon de draguer de votre part
D: oh la flatterie par l’égo, non, cette espèce d’influence hypnotique qu’exerce sa propre image sur un individu au point de lui faire perdre parfois ses sens premiers, non...technique trop vile... même si je dois avouer avoir commis cette erreur à mes débuts, une séduction improbable, le garçon s’est enfui...Toutefois, je le reconnais, vous pouvez parler de séduction, pas de ma volonté de séduire, mais celle d’avouer la séduction qu’exerce un individu sur moi, oui parfois mais de moins en moins...
X: Vous produisez bien d’autres barbouillages que vos portraits approchés de Gaeins, quelle est l’histoire de cette importante production?
D: Là il me faudrait plus que notre entretien. Mais je vous dirais parler de soi, pourquoi? On se connaît, on croit se connaître, on ne se connaît que trop: quel personnage ennuyeux! Se raconter au travers d’un autre érotisé, s’identifier à eux pendant le temps qu’ils occupent vos pinceaux est bien enrichissant...
X: Vous écrivez aussi , j’ai lu certains de vos récits... Écrivain, peintre deux talents...
D: Non je n’écris pas je raconte...et puis je n’ai pas les talents dont vous parlez, je ne maîtrise aucun d’eux pour en revendiquer un seul...on m’a qualifié une fois d’écripeintre, j’ai goûté avec plaisir cette concaténation pour le jeu de l’esprit, mais je demeure un maladroit barbouilleur...
X: Maladresse, si je puis me permettre et me faire insolent, il y a dans votre riche production des rendus assez inégaux du goût général comment l’expliquez vous? L’assumez vous?
D: Oui je l’assume. Là je reconnais rejoindre la tâche de l’écrivain d’autrefois, je n’ai pas le repentir des machines de traitement de texte. Un récit imparfait, et pourtant il porte en lui la génèse de quelque chose qui compte pour moi, alors je le jette pas tous. Et puis, les gens ne sont pas idiots, ils font le tri d’eux même. Chaque barbouillage est une oeuvre nouvelle sur la feuille blanche, une forme un contexte, une impulsion toute neuve que je ne pourrais employer qu’une fois.
X: Pourtant j’ai remarqué que vous avez repris certains barbouillages , des multiples portraits. Je crois savoir que le fait de “ré-écripeindre” ne signifie pas seulement pour vous témoigner de plus grands scrupules.
D: Pas de reprise, juste une nouvelle approche. Chaque fois qu’il est question de la multiplicité, pour moi si importante avec certains, je suis tenté de citer une fois de plus l’admirable phrase du poète Yeats: “ c’est moi même que je corrige en corrigeant mon œuvre.” Il m’arrive de poster trop tôt des épreuves qui auraient dues aller à la corbeille je le reconnais. Pour y remédier, je reprends parfois quand le rendu me semble trop injuste.
X: Mais j’ai remarqué que des visages se répétaient régulièrement...résultent-ils de ce précédent procédé?
D: Non et oui de toute évidence pour les plus fameux ( Naoij, Caplan, NYC,...), ce sont des visites régulières, des individus que j’aime à travers leurs différentes facettes, que je revisite à divers moments de notre relation...
X: Vous utilisez souvent le mot aimer....celui ci a t il beaucoup d’importance pour vous?
D: Je me méfie beaucoup de l’AAmour avec plusieurs majuscules...comme on a tendance à l’employer de nos jours. Je rejoindrais MYC quand elle propose un moratorium sur l’amour en France, au motif qu’il est devenu une notion complètement artificielle.
Ce n’est pas nouveau, La Rochefoucault disait:” Combien de gens ne seraient pas amoureux s’ils n’avaient entendu parler d’amour!” là tout comme lui je ne marche pas.
L’Amour est devenu une espèce de ballet dans lesquels les rôles de la séduction sont assignés de manière presque fixe, et maintenant stéréotypés sur le net, un jeu bien éloigné de la sympathie humaine et du sacré que requiert l’acte d’aimer. C’est plus dans ce registre qu’il faut trouver mon usage du mots aimer.
La beauté de l’amour c’est sa spontanéité, et non pas cette obsession perpétuelle de plaire que je considère tout à fait truquée. On a la même obsession du bonheur, mais si vous voulez bien je vous en parlerais dans un autre entretien, je crois que là nous avons assez charmé nos lecteurs au risque de les lasser. D’ailleurs je doute que beaucoup soit allez au bout de cet entretien, vos yeux bleus leur auront suffit. Nous ferons plus court la prochaine fois, l’attention n’est pas une vertu très en vogue sur ce média.
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3ème Jour: Evocation technique de la distance...
X: Darcy, vous peignez d’après des photos je crois, le travail avec des modèles ne vous attire pas ?
D: J’ai le sentiment que là vous rejoignez un volet de ma création qui peut s’assimiler à la tâche de l’écrivain. Un auteur écrit seul avec pour uniques compagnons le doux zéphyr qui porte l’esprit du sujet, et le soleil qu’il partage avec lui, mais pas avec lui. Si un être de chair était à mes côtés je ne me détacherais pas de lui, de sa conversation et de ses regards. Si je barbouille, c’est pour le chercher, s’il est à mes côtés je n’ai plus de quête...
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4ème Jour: De la recherche du sujet...
X: Nous parlions hier de votre travail à distance du modèle. Un de vos lecteurs a écrit :” si l’on veut donc votre stimuler votre créativité, il vaut mieux vous éviter”
D: Oui j’ai vu, ce garçon a l’esprit fin, pas la moindre de ses qualités. Voulez vous que je vous parle un peu de lui?
X: Non, il a sûrement toutes les vertus pour avoir retenu votre attention! Mais je préférerais reprendre notre entretien sur votre barbouillage...
D: Je vous cède, mais je reviendrais un jour certainement sur le sujet, car j’ai encore un peu de chemin à faire avant de m’exprimer sur lui. Oui, encore un bout de chemin.
X: Chemin... vous parliez de quête hier au travers de votre travail...Une démarche de progression et de recherche sur vos modèles..dites m’en plus..
D: Je vous ai répondu déjà sur ce point en ce qui concernait les gaiens dont le barbouillage s’imposait. Là donc pas de quête, au départ si ce n’est celle de l’homme derrière l’image... par la suite je préfère le mot dialogue, enfin s’il y a une suite,...l’échange enrichissant. Je ne suis pas un chercheur, ni un savant..
X: Oui je le comprends, mais tout de même ces attitudes, ces poses, vous avez acquis une certaine érudition artistique, un savoir barbouillé qui n’est permis qu’à quelques-uns...
D: Pourquoi donc? Pour savoir, il suffit de s’informer. J’ai l’impression que la différence entre savoir et ne pas savoir est une question de curiosité d’une part, et d’inertie de l’autre. Il ne faut pas de talent particulier pour s’instruire. Sans doute, il en faut un peu ensuite pour écrire, et pour barbouiller, comme pour chanter ou jouer la comédie, mais pour apprendre, non!
X: Mais vous faites des recherches, courrez les musées et vivez dans les livres d’art!!
D: Oui je lis une sélection d’ouvrages, pour m’imprégner l’esprit selon le sujet que je veux traiter, et parfois je commence à me dire qu’on pourrait peut-être commencer à barbouiller quelque chose.
Mais ces recherches ne sont rien, dérisoires, comparées à ces espèces de pénétrations et d’imprégnation de toute une vie.
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5ème jour: Impregnation....
X: Imprégnation? éclairez moi un peu....
D: C’est simple en ce moment même, croyez vous que le regard tantôt grave, tantôt amusé que je porte sur vous et vos propos, soit neutre? Pensez vous que ne pas avoir pas une influence sur la construction de ma vision intérieure d’un idéal masculin?
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6ème Jour: De la reconnaissance...
X: La virtualité, la distance physique qui existe entre vos modèles, et la discrétion de vos rares apparitions publiques, semblent avoir crée une espèce de "légende" autour de votre personne? Quel est votre sentiment à ce propos? Vous reconnaissez vous dans l’image que les gens se font de vous, et vous expriment dans leurs commentaires ou post?
D: Mon Dieu, je ne sais pas ...Leurs images varient. Il y a parfois une émo réactivité trop exaltée. La vérité est une, mais la légende est multiple. Il y a toutes espèces de "légende", et je suppose qu’elles sont toutes fausses. Vous même en savez plus que moi sur le sujet.
X: Nous ne parlons pas de moi! Vous reconnaissez vous parfois?
D: Franchement, non je ne me reconnais ni dans les unes et les autres.
X: Votre démarche et les échanges qu’ils génèrent, ne vous apprennent donc rien sur vous?
D: Non, ils troublent les pistes bien souvent avec leur trop plein d’émotion. J’apprends plus dans nos entretiens privés, les échanges avec des amis, ou dans la longue conversation d’un soir avec un garçon intelligent. Il faut mettre un peu de distance avec mes barbouillages. Le chemin de la compréhension est en périphérie.
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7ème jour: D'un style Darcy?...
X: Devant la diversité de vos barbouillages, peut-on parler d’un style Darcy?
D: Quelle redoutable question!! je n’ai pas de style. Toutefois, je réponds souvent à cette question “un style classique figuratif libre”. Une réponse de caméléon.
X: Vous semblez vous dispenser de violer la forme, que pensez-vous techniquement des artistes qui en éprouvent le besoin et ne l’ont pas torturée en vain?
D: Je crois qu’un peintre a le droit de faire toutes les expérimentations, et que celles-ci sont à faire. Ensuite il ne dépend pas de moi, mais du public, du “lecteur” intelligent” et du critique de l’avenir, de décider lesquelles de ces expérimentations méritent une suite, une durée telle qu’à leur tour, elles deviendront du classissisme.
En attendant, la plupart ont leur utilité je crois. Je ne suis pas moi même, tenté par ce genre d’audace car les miennes - si j’en ai ici- vont dans une autre direction: celle de traduire ma pensée dans une forme, autant que possible, accessible à tous. Voyez vous, je ne suis pas un artiste peintre...un barbouilleur à la petite semaine, un garçon qui mélange les mots et les couleurs...
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Fin des entretiens, au 7ème jour, un mode imparfait était esquissé,