Reprise d'entretien de Printemps...
X: Cher Darcy, je vous retrouve, nous reprenons donc nos entretiens....
D: Comme je rejouis que les filets de ceux qui nous sont chers, vous ai ramené à la surface de notre amitié. Je n’avais pas désespéré de vous perdre. Vous savez que je crois à la fidélité de l’amitié et à sa continuité malgré les temps de silence et les nuits des saisons. Enfin dès lors que cette amitié a depassé la surface ...de ce que l’on qualifie trop vite d’amitié aujourd’hui...pour atteindre à la fidélité.
X: Fidèle en amitié?
D: Fidèle, enfin je n’applique cette fidélité qu’aux liens et aux échanges qui ont pénétré au delà de la surface de sociabilité qui nous garantit la flotaison... aimables bouées sourires envers ces êtres que l’on quitte et qui vous disent à bientôt et auxquels je réponds par un aimable “à Dieu”, à lui seul plaise que nos routes se croisent à nouveau...
X: Mélange de liberté et d’obeissance au destin? Comme un bel équilibre de sagesse et d’indépendance...
D: Ne soyez pas naïvement trop indulgent, parlez de négligence oui et de retrait.
X: Vous provoquez maintenant! Dans le passé, ce rôle m’était réservé pour vous faire sortir de votre réserve.
D: Le passé, comme j’aime cette dimension temporelle en ce qu’elle est certainement la meilleure pour vivre le présent. La distance a gommé les scories et outrances auxquelles nous sommes confrontés, et nous offre la lecture la plus vraie de nous mêmes.
Lire les ruines pour comprendre notre quotidien, car voyez vous je ne pense pas que la pensée ait évolué beaucoup. Au delà des conditions matérielles, de la facilité d’expression et des mots oui, mais si peu dans les modalités d’échanges interpersonnels, dans l’être parmi les hommes et leur société. Une promenade dans Pompéi m’éclaire plus sur notre société et ses problèmes qu’un chemiment dans une ville aujourd’hui. Il y a dans la ruine l’esprit synthétique de l’épure mais avec la teinte du vécu! Dialogues de ruines... ceci me revient soudain, j’avais envisagé un travail pictural sur ce thème.
X: Un nouveau projet?
D: J’aimais faire des projets, et j’aime toujours en concevoir de nouveau. J’aime penser à ce que je peindrai un jour, peut-être si le temps m’en est donné.
Mais il y a la routine du travail, le côté factice de ces projets vite entrevus et mon inertie créatrice. Murir lentement ma pensée, garder mon rythme, sans le but de faire passer à d’autres le contenu de mes pensées ou lecture, préserver ces temps qui sont les miens, jeux des pinceaux intérieurs.
X: Un créateur, faiseur de ruines, bientôt? Caméléon, êtes-vous sérieux?
D: Oui, Il y a un echo à une gestation bien réelle en moi, j’accoucherai peut être de ruines colorées. Tout est promis à la ruine alors autant commencer par elles, le sens pragmatique de mes ancêtres laboureurs au service des arts appliqués. Non sérieusement, je joue avec les mots, la joie de nos retrouvailles m’écarte de mon sérieux habituel. Toutefois, j’ai cette conviction profonde de l’héritage des racines, et de la grande richesse de celui qui les comprend et les respecte.
X: Vous m’embrouillez avec vos idées de ruines alors que nous étions à cet instant de retrouvailles. Et pour retrouver le rôle qui fut le mien, je dois confesser que pour des retrouvailles vous m’avez exécuté avec cette nouvelle manière ‘nona finita presta i molto seriosa’ que vous semblez avoir adopté depuis des mois.
D: Barbouillé triste?! Osez le dire! mais non, éloignez vous et vous verrez combien l’image s’éclaire. Peut être la résultante de cette distance qui fut la notre depuis 6 mois. Ne faut-il pas parfois s’éloigner pour réaliser combien ce qui vous est proche est source de lumière?
X: Ou peut être l’indépendance, simplement la liberté du créateur vis à vis de son modèle...
D: La liberté, belle notion, mais beaucoup ne semble qu’en faire, par simple manque d’ardeur. Je suis très frappé de cela, et je crois que la violence même, chez ceux qu’une certaine éducation élève à l’accès à la connaissance et la création, correspond à un manque d’ardeur. Parce qu’il y a très peu de gens qui ont vraiment envie de faire passionnement quelque chose: la violence devient un dérivatif.
X: Cette violence ? la définieriez-vous?
D: oui tout ce qui ne procède pas d’une volonté consciente de bonté, de purification dans l’interaction aux êtres et aux choses dont on souhaite la proximité, j’y intègre aussi la banalité des échanges vides auxquels je préfère le silence.
X: En auriez-vous souffert ?
D: Non mais je la fuis d’autant qu’elle semble gagner même des lieux conviviaux comme ces sites virtuels qui deviennent trop fréquentés. Je paraît moins et me réserve.
X: Je sens de la nostalgie, vous êtes optimiste d’une manière générale?
D: Pas beaucoup. Je vois les réalités comme elles sont. Je suis optimiste quand il y a une raison, mais il n’y en a pas toujours. J’ai surtout un certain don de me rejouir des choses simples: de la nature qui m’entoure, du silence, d’être assis du coin du feu d’un ami, de lperdre aux cartes en grognant... d’accomplir les gestes de tous les jours, d’une façon presque rituelle.
X: Il y a pourtant une grande richesse à découvrir dans tous ces contacts!
D: Croyez-vous? Il faudrait chercher, puiser rien n’est plus rebarbatif! il faut débrousailler, et trier ce qui nous touche vraiment au delà de la surface facile et séduisante. Débroussailer voilà qui correspond à la saison, je prépare le bel été.